PDF Imprimer Envoyer

Pendant des milliers d'années, la vaste richesse de minerais du Nord de l'Ontario est restée insoupçonnée.

Mère Nature a révélé quelques-unes de ses richesses quand deux entrepreneurs de traverses de voix ferrée, James McKinley et Ernest Darragh, ont fait la découverte de filons d'argent à Cobalt. Ils avaient d'abord tenté leur chance en Californie dans leur désir de découvrir de l'or, mais étaient revenus bredouilles. Leur chance allait tourné en août 1903. Pendant qu'ils travaillaient à la construction du chemin de fer pour la nouvelle compagnie de Temiskaming & Northern Ontario (T. & N.O.) Railway, ils ont été attirés par l'éclat de certaines pierres au lac Long.

Un filon milliardaire :L'économie de l'argent en Ontario 

« En 1906, la ruée vers Cobalt atteint son apogée et l'investissement dans ses mines se chiffre à quelque 75 millions de dollars. La folie de la spéculation atteint New York, et pendant trois jours consécutifs la police montée est obligée de dégager la rue Broad à cause des embouteillages causés par l'affluence de gens pressés d'acquérir des actions dans les mines de Cobalt de courtiers installés à même le trottoir. »
- The History of the Bank, CIBC

Plusieurs banques se sont empressés à ouvrir boutique à Cobalt.

« Dès le départ la Banque canadienne de Commerce, fondée en 1867 et fusionnée en 1961 avec la Banque impériale de Commerce, a été intimement liée aux mines, ce qui explique sa présence aujourd'hui dans presque tous les districts miniers du pays. »
- Extrait de CIBC Optima, 1972

 Sydney H. Logan a été le premier directeur de la succursale de la Banque de Commerce en 1905. Il s'est d'abord installé sous une tente pour emménager plus tard dans un édifice préfabriqué en Colombie-Britannique qui existe toujours. Logan finira par quitter Cobalt pour poursuivre une brillante carrière à la banque et en devenir un jour le président-directeur général.

La banque a fait des affaires florissantes, lesquelles consistaient principalement en dépôts d'agrégats de pépites d'argent dont il n'était pas rare que leur valeur atteigne de deux à trois cents mille dollars.

« En vingt ans, le Nord de l'Ontario a engendré un milliard de dollars. Quelque 600 millions de dollars ont servi aux salaires, à l'approvisionnement et à l'achat de matériel et de fournitures en provenance de Toronto ou du Sud de l'Ontario. De nos jours, près de 60 millions de dollars sont déboursés annuellement en matériel et fourniture par l'industrie minière de la province. A-t-on idée de ce que cela signifie pour Toronto et la province de l'Ontario dans son ensemble? »
- Sydney H. Logan, Banque de Commerce
Extrait de The Caduceus, avril 1927.

Neil J. McKinnon est né à Cobalt pendant que la prospérité battait son plein. Il est entré à la succursale de la Banque de Commerce en 1925 à l'âge de quatorze ans.

« McKinnon est entré plus jeune que la norme sur le marché du travail à la mort de son père, un pionnier des chantiers de bûcherons. Avant même cet emploi, pendant les vacances scolaires, il avait travaillé des journées de dix heures pour un salaire de deux dollars par jour comme journalier dans les chantiers ou avec des prospecteurs. Il a toujours affirmé que cette expérience l'avait rendu habile à «jauger les hommes » .
- Extrait de CIBC Optima, 1972.

En 1973, le Toronto Star fait référence à Neil McKinnon comme étant « peut-être l'homme d'affaires le plus influent du Canada des vingt dernières années. Il dirigeait une banque qui gérait des emprunts de plusieurs millions de dollars et était reconnu pour l'un des banquiers les plus célèbres de l'histoire du Canada. C'est lui qui était aux commandes lorsque la Banque de Commerce a fusionné avec sa vieille rivale, la Banque impérial de Commerce, pour devenir la Banque canadienne impérial de Commerce. »

À feuilleter la section financière des quotidiens de Toronto de cette époque, on découvre un nombre incroyable d'annonces publicitaires qui parlent d'investissements et d'actions à prix modique dans les mines de Cobalt qui promettent des bénéfices rapides. Une Bourse, le Royal Stock Exchange, est fondée à Cobalt. Des agents de change, à l'image de John Paris Bickell qui avait pignon sur rue à la Bourse de Toronto, ont leurs antécédents dans les mines de Cobalt. Plusieurs affirment que la Bourse de Cobalt a permis de raffermir la Bourse de Toronto.

Venez goûter à l'aventure et découvrir ce riche passé du Canada.

On raconte qu'un Américain grand voyageur, à qui l'on demandait où se trouve Toronto, aurait répondu, après s'être gratté la tête : « Oh oui, c'est là qu'on change de train à destination de Cobalt; et après Cobalt, c'est Gowganda, et après Gowganda, c'est Porcupine - tout ça dans le Nouvel-Ontario. »
- Chanoine L. Norman,
Discours du Empire Club du Canada 1910-1911,

Le peuplement de Silver City

 Avant la découverte de l'argent au lac Long, la ville de Cobalt n'existait pas. Les communautés agricoles voisines - Haileybury, New Liskeard et les environs, qui venaient à peine de s'ouvrir à la colonisation dans les années 1890 - comptaient moins de mille habitants. Avec la ruée de l'argent, la population atteint trente mille habitants selon certaines estimations.

La ville, construite de façon hâtive pour convenir aux besoins des mines naissantes, passe du jour au lendemain de chantier de construction de chemin de fer à un camp minier, c'est-à-dire un village de tentes, vite remplacées par des cabanes en bois rond ou des immeubles de planches, auxquels s'ajouteront plus tard des édifices en brique.

« Aussi, quand vous verrez nos cabanes couvertes de papier goudronné et nos immeubles de bois grossiers et sans ornement, ne dites pas : « Quelle horreur! oh, la vilaine ville! » Pensez plutôt à ceux qui les ont construit, à ces cours vaillants pleins d'espoir, à ces mains habiles prometteuses d'avenir.. » - Elizabeth MacEwan,
institutrice à Cobalt

Cobalt, malgré toutes ses richesses, a subi plusieurs désastres, mais sa population a toujours su tenir le coup. La ville, bâtie pêle-mêle, a été plus d'une fois décimée par l'incendie, obligeant une reconstruction plus ordonnée. En 1909, une épidémie de fièvre typhoïde s'abat sur la ville à cause du manque d'eau salubre. Cobalt dispose de peu d'établissements de santé. Par manque de temps, il était impossible de construire un hôpital adéquat; il a donc fallu improviser en s'adressant à Toronto pour obtenir une tente-hôpital de l'armée. Cent infirmières diplômées de Toronto étaient aussi recrutées pour subvenir aux soins des malades.

Au début, le camp minier ne comprenait que des hommes. Mais le paysage démographique devait bientôt changer par l'arrivée de mineurs en quête d'emploi venus s'installer avec leurs familles dans la jeune communauté florissante. Bientôt apparaissent restaurants, blanchisseries, boucheries, et même un bar laitier, sans compter les services de couturières et de tailleurs. Les commerçants affluent de partout pour vendre leur marchandise : Juifs d'origine russe, Chinois et Syriens, Polonais et Grecs, Italiens et Finlandais viennent ouvrir boutique et s'établir au sein de la population anglo et franco-canadienne. Ils ont contribué à l'établissement d'écoles et d'églises catholiques et protestantes. La volonté de savoir lire et d'améliorer ses compétences linguistiques expliquent la forte participation aux cours du soir.

La ville, qui comptera bientôt une demi-douzaine de banques, une Bourse, des hôtels et un opéra, des théâtres, et même un zoo d'animaux exotiques privé, se dotera de tramways pour faciliter les déplacements.

« Pour la future école, il a été nécessaire de débarrasser le terrain des squatteurs et veiller constamment à empêcher leur retour aussi longtemps que l'édifice ne sera construit. L'école ouvrira ses portes au début du printemps de 1906 avec douze élèves. Par la fin de l'année, elle en comptera plus d'une centaine, venant d'aussi loin que la Pologne, la Finlande, la Suède et la Grèce. »
- We Lived a Life and Then Some,
Charlie Angus et Brit Griffin

« En tant que Canadien, je suis heureux de constater le développement qui se fait ici à Cobalt, a déclaré Sir Wilfrid. Je suis fier d'accueillir dans ce pays les gens d'autres nations, qu'ils viennent des côtes nordiques de la Suède ou des côtes ensoleillées d'Italie. Tous ceux qui cherchent du travail sont les bienvenus. Tout ce qu'on vous demande, c'est de donner ce que la nature humaine a de plus beau. À mon premier passage, lorsque j'ai vu ces collines rocailleuses, je me suis dit : « La nature ne pouvait pas mieux nous donner que tout cet argent et cet or! Mais les collines du Nord de l'Ontario ont produit une moisson beaucoup plus précieuse encore que l'or et l'argent : ce sont tous ces enfants qui dépassent en nombre même ceux de la vallée du Saint-Laurent. »
- Sir Wilfred Laurier, Opening of the new Cobalt, YMCA.
Toronto Star, 18 septembre 1912 

La condition ouvrière

Les salaires et les heures de travail seront causes de tensions fréquentes entre les mineurs et les dirigeants des mines témiskamiennes, résultant parfois en arrêt de travail. Toutefois, la classe ouvrière de Cobalt avait aussi d'autres sujets d'inquiétude, entre autres la question du logement et l'accès aux soins hospitaliers des femmes et des enfants des mineurs. Les mineurs formeront la section syndicale 146 sous l'égide de la Western Federation of Miners, syndicat des métallos qui devient l'International Mine, Mill and Smelter Workers Union. À l'époque,le Canada n'avait pas de politique du travail et la direction des mines était peu pressée à reconnaître la légitimité des syndicats.

Les mines de Cobalt mettaient souvent en péril la santé et la sécurité de leurs travailleurs. Le travail dans les mines n'était vraiment pas fait pour les faibles. Les heures étaient longues et les conditions, mauvaises. Il fallait quotidiennement manipuler de la dynamite. Les travaux de dynamitage et de forage et les mauvaises conditions provoqueront de nombreux accidents entraînant la mort de centaines de mineurs ou les rendant invalides.

« En ce temps de prospérité, sur mille travailleurs en moyenne, Cobalt comptait douze accidents mortels. »
- Fortunes in the Ground, Michael Barnes.

We Lived a Life and Then Some 

Charlie Angus et Brit Griffin, auteurs du livre We Lived a Life and Then Some, dont le titre s'inspire d'une chanson de Cobalt et les textes d'histoires orales racontant l'époque et le caractère des pionniers, ont immortalisé la vie du Cobalt d'antan.

À Cobalt, pas de saloons comme au Far West. En fait, l'alcool était interdit en vertu d'une loi ontarienne qui prohibait la vente d'alcool sur un périmètre de cinq milles autour d'un camp minier. Tout manquement à l'intempérance était passible d'emprisonnement par la vigilance du seul policier en ville, George Caldbick, surnommé le « Shérif du Témiskamingue » et le premier agent de police provinciale mandaté par le gouvernement ontarien pour faire respecter la loi et veiller à l'ordre dans la ville naissante.

D'autres nominations ont suivies au fur et mesure que de nouvelles découvertes de gisements d'or ou d'argent ont fait pousser de nouvelles villes à Porcupine, Larker Lake et Kirkland Lake. Par 1909, le nombre d'agents de police avaient tellement augmenté que le Parlement ontarien créait officiellement la Police provinciale de l'Ontario. Cobalt et Niagara Falls deviendront le siège des premiers quartiers généraux de district. C'est pourquoi en 2009, Cobalt se joindra à la Police provinciale de l'Ontario pour célébrer le centenaire de naissance de la première escouade.

La municipalité s'est même dotée d'une aréna et, selon toutes les apparences, ce ne sont pas les amateurs de hockey qui manquaient. Ils ont mis sur pied des équipes assez compétitives pour défier d'autres villes. De fait, les Silver Kings de Cobalt ont fait la saison 1909-1910 dans l'Association nationale du Hockey. La boxe et les autres sports étaient également pratiqués avec plaisir.

The « Silver City » (la cité de l'argent) sera un pôle d'attraction capable d'attirer plus de 300 000 visiteurs par année au temps de sa plus grande prospérité. Même la star du cinéma Mary Pickford viendra faire un tour 

La condition féminine

La vie d'une femme dans une ville minière en plein essor n'était pas des plus enviable :

« Agnes Clark et Nancy Groom, les deux premières femmes à mettre les pieds à Cobalt, ont dû s'acclimater de bon cour aux mouches et moustiques innombrables qui infestaient la région. Pour protéger leurs bébés des morsures des mouches noires, elles les couvraient d'étamine à fromage. Elles ne se formalisaient ni de la boue ni des planchers de bois mal équarri, ni du lessivage à la soude caustique et à l'eau puisée à même les ruisseaux, et tenaient pour acquis les épidémies et les incendies récurrents. Elles s'entraidaient lorsqu'elles devaient accoucher ou panser les petits bobos, pendant que leurs maris s'enivraient dans les bars de Haileybury en faisant de sempiternels projets. Elles étaient douées d'un courage infaillible, de débrouillardise, de générosité, mais surtout d'un sens de l'humour qui leur ont permis d'endurer la rude vie de pionnière. »
- Maude Groom, The Melted Years

Le Tri-Towns

 Haileybury en particulier a bénéficié de l'essor minier. Par manque de place à Cobalt, plusieurs dirigeants de mines ainsi que les mieux nantis préfèrent s'établir sur la rive occidentale du lac Témiscamingue dans un secteur qui sera communément nommé le « rang des millionnaires » . Malgré l'absence de mines à Haileybury, la ville n'en était pas moins rattachée à l'activité minière. Un grand nombre d'entreprises minières y avaient leur siège social et le bureau des titres pour le secteur minier du Témiskamingue y avait aussi son pied-à-terre. Quatre grands hôtels servaient à boire aux mineurs assoiffés de la «ville sèche» de Cobalt, et la population de Haileybury est passée de 400 habitants en 1904 à 5000 en moins de cinq ans. Comme le fait remarquer le New Liskeard Speaker : « Il est notoire ce sont les mines qui ont sauvé la localité. »  - Cobalt: Mining Boom Town, Doug Baldwin

Il existait un fort esprit civique, ce dont témoigne l'empressement des résidants de Cobalt d'accueillir les sinistrés et les blessés de Haileybury après l'incendie terrible de 1922 qui a rasé une bonne partie de cette ville. Ce geste désintéressé est d'autant plus louable que Cobalt lui-même était menacé du même incendie. En plus de servir d'asile aux réfugiés, Cobalt se mobilisera pour organiser les secours. De fait, Cobalt a toujours eu des liens serrés avec ses deux voisines, Haileybury et New Liskeard; c'est pourquoi les trois communautés sont connues sont le nom de Tri-Towns.

L'Esprit de Cobalt

En 2006, la municipalité de Cobalt célébrait son centenaire en faisant valoir l'Esprit de Cobalt.

« Dans l'ancien temps, la vie était dure sans doute, et parfois même cruelle aux nouveaux venus, mais de la lutte quotidienne est né un esprit de camaraderie, d'amour mutuel et d'attachement à sa ville qui caractérise l'Esprit de Cobalt; cet esprit de corps a été un grand atout au tout début. »
- Elizabeth MacEwen 

Généalogie

Imbattable la vie à Cobalt, cette ville construite à même le camp minier en plein essor, au début des années 1900 pendant la « ruée vers l'argent » . Les gens affluaient de partout au monde pour venir travailler dans les mines d'argent de Cobalt. Ils ont élu domicile dans ce qui deviendra la Municipalité de Cobalt et le Canton de Coleman. Les mieux nantis s'installaient dans les villes voisines de Haileybury et New Liskeard. Cobalt a joué un rôle prédominant dans le développement de l'industrie minière et l'institution bancaire au Canada. Après le ralentissement de l'activité minière à Cobalt, les mineurs immigreront vers les nouveaux centres miniers de Kirkland Lake, Timmins et Sudbury. Cobalt est souvent considéré comme étant « le berceau de l'industrie minière au Canada » ..

Si vous faites des recherches généalogiques sur vos ancêtres de Cobalt/Coleman, on vous recommande le Recensement canadien de 1911 qui constitue une bonne source d'informations sur Cobalt et Coleman. Cette banque de donnée est facilement accessible par Internet. Les données du recensement sont une source pour les recherches généalogiques. Elles comprennent le nom de la personne, sa date de naissance, les membres de sa famille, son adresse, son état civil, sa religion, son métier ou sa profession, son statut de citoyenneté et sa nationalité d'origine.

Le Musée des mines de Cobalt est une bonne référence sur l'histoire des habitants de la région par sa collection volumineuse de photographies d'époque et de vieux journaux pour qui s'intéressent au passé de leur famille. Une visite au Musée du patrimoine de Haileybury est aussi fortement suggérée.

La région peut se féliciter d'avoir une société de généalogie très active, le «Temiskaming Genealogy Group», qui a recueilli d'excellentes données généalogiques telles que registres de paroisse et de cimetières, coupures de journaux et autres statistiques importantes. Pour consultation par Internet : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. . (site anglais seulement).

Le Lieu historique national du district minier de Cobalt projette, à l'été 2006, de mettre en place un programme d'auto-assistance en généalogie dans son Centre d'accueil.

Mais rien ne bat une visite à Cobalt pour s'imprégner de l'histoire et de la vitalité de cette « capitale de l'argent du Canada ».

Mise à jour le Mercredi, 05 Août 2009 07:54